Louis Segond (1910)
Job 30
1Et maintenant !… je suis la risée de plus jeunes que moi, De ceux dont je dédaignais de mettre les pères Parmi les chiens de mon troupeau. Share to feedTweet 2Mais à quoi me servirait la force de leurs mains ? Ils sont incapables d’atteindre la vieillesse. Share to feedTweet 3Desséchés par la misère et la faim, Ils fuient dans les lieux arides, Depuis longtemps abandonnés et déserts ; Share to feedTweet 4Ils arrachent près des arbrisseaux les herbes sauvages, Et ils n’ont pour pain que la racine des genêts. Share to feedTweet 5On les chasse du milieu des hommes, On crie après eux comme après des voleurs. Share to feedTweet 6Ils habitent dans d’affreuses vallées, Dans les cavernes de la terre et dans les rochers ; Share to feedTweet 7Ils hurlent parmi les buissons, Ils se rassemblent sous les ronces. Share to feedTweet 8Êtres vils et méprisés, On les repousse du pays. Share to feedTweet 9Et maintenant, je suis l’objet de leurs chansons, Je suis en butte à leurs propos. Share to feedTweet 10Ils ont horreur de moi, ils se détournent, Ils me crachent au visage. Share to feedTweet 11Ils n’ont plus de retenue et ils m’humilient, Ils rejettent tout frein devant moi. Share to feedTweet 12Ces misérables se lèvent à ma droite et me poussent les pieds, Ils se fraient contre moi des sentiers pour ma ruine ; Share to feedTweet 13Ils détruisent mon propre sentier et travaillent à ma perte, Eux à qui personne ne viendrait en aide ; Share to feedTweet 14Ils arrivent comme par une large brèche, Ils se précipitent sous les craquements. Share to feedTweet 15Les terreurs m’assiègent ; Ma gloire est emportée comme par le vent, Mon bonheur a passé comme un nuage. Share to feedTweet 16Et maintenant, mon âme s’épanche en mon sein, Les jours de la souffrance m’ont saisi. Share to feedTweet 17La nuit me perce et m’arrache les os, La douleur qui me ronge ne se donne aucun repos, Share to feedTweet 18Par la violence du mal mon vêtement perd sa forme, Il se colle à mon corps comme ma tunique. Share to feedTweet 19Dieu m’a jeté dans la boue, Et je ressemble à la poussière et à la cendre. Share to feedTweet 20Je crie vers toi, et tu ne me réponds pas ; Je me tiens debout, et tu me lances ton regard. Share to feedTweet 21Tu deviens cruel contre moi, Tu me combats avec la force de ta main. Share to feedTweet 22Tu me soulèves, tu me fais voler au-dessus du vent, Et tu m’anéantis au bruit de la tempête. Share to feedTweet 23Car, je le sais, tu me mènes à la mort, Au rendez-vous de tous les vivants. Share to feedTweet 24Mais celui qui va périr n’étend-il pas les mains ? Celui qui est dans le malheur n’implore-t-il pas du secours ? Share to feedTweet 25N’avais-je pas des larmes pour l’infortuné ? Mon cœur n’avait-il pas pitié de l’indigent ? Share to feedTweet 26J’attendais le bonheur, et le malheur est arrivé ; J’espérais la lumière, et les ténèbres sont venues. Share to feedTweet 27Mes entrailles bouillonnent sans relâche, Les jours de la calamité m’ont surpris. Share to feedTweet 28Je marche noirci, mais non par le soleil ; Je me lève en pleine assemblée, et je crie. Share to feedTweet 29Je suis devenu le frère des chacals, Le compagnon des autruches. Share to feedTweet 30Ma peau noircit et tombe, Mes os brûlent et se dessèchent. Share to feedTweet 31Ma harpe n’est plus qu’un instrument de deuil, Et mon chalumeau ne peut rendre que des sons plaintifs. Share to feedTweet